Laos à vélo

Pourquoi avons nous voulu voyager à vélo ?

Après la Birmanie, nous avons pris une petite claque en Thaïlande. Nous n’avons pas pris plaisir à voyager en tant que backpacker. La période y était aussi pour quelque chose (fêtes de fin d’année). Le pays étant développé autour du tourisme nous n’avons pas su nous extraire du voyage classique qui se résume à ouvrir son Guide du routard, prendre un bus, visiter le top 5 de la ville en question pour enfin recommencer dans une autre ville. Je ne me suis pas senti à ma place pendant 2 semaines et je ne voulais pas que notre voyage se résume à cela. J’ai exposé à Anna mon envie de voyager autrement et donc pourquoi pas à vélo ! Elle m’a conforté dans mon idée mais ne voulait pas s’en mêler. Elle m’a laissé carte blanche mais je voyais bien qu’elle ne pensait pas une seule seconde que nous allions acheter des vélos. Encore un de ses délires se disait-elle :D. Après une semaine de recherche sur des sites similaires à « LeBonCoin » mais version Thaïlandaise je n’ai rien trouvé à proximité. Nous sommes donc directement allés chez un marchand de cycle à Chiang Mai. Il nous aura fallu trois heures pour conclure nos achats. Nous sommes ressortis avec deux vélos d’occasion, des sacoches et le minimum d’outils en cas de crevaison. Chose amusante, le vendeur nous a rassuré en nous expliquant qu’il voyait de temps à autre des personnes qui pour les même raisons poussaient les portes de son magasin.

Les routes empruntées

Nous n’avons pas franchement étudié la carte avant de nous lancer sur les routes. Par « chance » la météo peu clémente nous a dissuadés de commencer à Luang Prabang. Nous avons donc pris un bus pour Vang Vieng. Sur la route j’ai remercié le destin de ne pas nous avoir permis de partir le premier jour sur un ascension pareil ! Je pense qu’Anna m’aurait gentiment envoyé paître moi et mon maudit vélo !

Jour 1  : Vang Vieng –> Phonhong

Distance parcourue : 82 km

Pour une première journée nous avons, pardonnez moi l’expression, « craqué notre slip ». 92 km sur le papier une nuit courte et un départ tardif. Le moral n’était pas au beau fixe pour Anna. Nous avons emprunté la nationale 13 comme la plus part des cyclotouristes qui traversent le pays. Cette route a été tracée par les français, elle est la plus longue et la plus importante du Laos du point de vue économique. Elle va de la Chine jusqu’au Cambodge, en longeant le Mékong sur une grande partie de son tracé. La route n’est vraiment pas exceptionnelle et de surcroît dangereuse. Elle n’est pas large et le bal des camions sur ce tronçon était incessant. A plusieurs reprises nous avons vu des motos se faire doubler par des camionnettes qui à leur tour se faisaient doubler par des semi-remorques. Bref, le monde à l’envers. Il ne restait plus beaucoup de places en face pour nos vélos. Le soleil pointait enfin son bout du nez après une semaine mais de façon excessive. Pour rattraper notre retard nous avons roulé lorsque le soleil était au zénith et notre peau s’en est très vite plaint. Coté paysage quelques passages sont sympatoches sur la route mais ça reste quand même assez monotone. Par contre pour une première journée on a dû enclencher la 5eme vitesse de la machine à sabaidee. Pas un village n’est traversé sans qu’une dizaine de personnes vous dise bonjour. Essentiellement les enfants mais aussi les adultes. Des fois ces appels viennent tellement de loin que que l’on répondait sabaidee sans voir la personne. Et les sourires. Ahhh les sourires. Ça vaut le coup de forcer sur les mollets pour au moins profiter de ça. Le soir on trouvera une auberge agréable en bord de route. On y rencontrera un couple d’allemands de notre âge qui pédalait depuis 8 mois. Nous avons dîné ensemble. Leur récit de voyage m’a tout de suite fait rêver. Je nous voyais déjà traverser les 5 continents … Anna m’a remis sur le droit chemin en me rappelant que c’était pour nous notre première journée à vélo par ces quelques mots :  » t’enflamme pas, va ! ».

Pour les photos nous n’avons pas pris le temps de s’arrêter donc rien de bien beau à partager !

Jour 2 : Phonhong –> Vientiane

Distance parcourue : 91 km

Départ le matin à 8h. Nous avons bifurqué sur la route 10. Cette route est vraiment plus intéressante. Les 10 premiers kilomètres sont très plaisants car la route est neuve. Le trafic sur cette route est moins dense que sur la route N13 et heureusement pour le moral. Nous avons suivi cette route jusqu’à Vientiane. Les paysages sont plaisants notamment lors des traversés de ponts au dessus de la rivière NamNgum. Les 20 derniers kilomètres avant la capitale ne nous ont pas emballés.

Jour 3 : Vientiane –> Phabath

Distance parcourue : 90 km

Après un bon petit dèj nous partons en forme pour le premier tronçon vers Thakhek. Les premiers kilomètres pour quitter la ville sont enfumés. Nous avons ensuite repris la fameuse nationale 13. Et c’est toujours pas de tout repos. On sait que l’on risque de la prendre en grande partie jusqu’au sud du pays. Bon tout de même à mi-parcours je convaincs Anna d’aller faire un tour près du Mékong quitte à rallonger. Sitôt quitté la route 13 pas d’autre alternative que la piste de terre. Mais ceci dit jusqu’à l’arrivée au bord du Mékong la piste est assez correcte. Par contre à chaque passage de véhicules notre corps tout entier vire de plus en plus à l’orange.Le long du Mékong le terrain devient vraiment accidenté. Mais les paysages sont magnifiques! En quelques kilomètre tout a changé. Les rizières sont au vert. Le détour vaut vraiment le coup mais l’effort à fournir est assez intense et nous ne souhaitons pas nous cramer pour la première journée. On re-bifurque donc vers la nationale 13 que l’on a suivi jusqu’à Phabath. On s’est arrêtés dans une guesthouse en retrait de la route près d’un lac.

Jour 4 : Phabath –> Paksan

Distance parcourue : 70 km

Route 13 toujours la route 13. Des sabaidee à la pelle. Quelques curiosités sur la route. Des yeux de plus en plus attentifs mais des mollets de plus en plus durs. On peaufine le bronzage.

Jour 5 : Paksan –> Thongnami

Distance parcourue : 78 km

Là encore une journée difficile sous le soleil et encore sur cette fichue nationale 13. Difficile d’y échapper. Nous n’avons rien planifié avant notre départ mais je ne pensais pas que nous aurions autant de difficultés à trouver des routes secondaires. Je me retourne de temps en temps pour regarder Anna qui me souri à chaque fois. Intérieurement je l’ai remerciée des centaines de fois d’avoir bien voulu me suivre même dans ces moments parfois difficiles.

Le midi nous avons fait une halte sur la route pour manger une soupe. Une soupe de plus car sur le bord des routes nous ne trouvons que cela. 10 minutes après avoir englouti notre repas, je me sens faiblard. J’ai du mal à respirer, ma tête et ma nuque me font mal et les muscles de ma mâchoire sont comme anesthésiés. Je me lève et marche un peu sans rien dire à Anna pour ne pas l’effrayer. Je me rassoie et elle me dit qu’elle ne se sent pas très bien. Elle me fait part de ses sensations et là je comprends que nous avons les mêmes symptômes. Pas de panique, pas de panique. MAIS SI JE PANIQUE ! On est au milieu de rien ! Je m’efforce à garder mes esprits mais Anna elle s’affale sur la table et répond à mes questions qu’en levant son index. Je marche jusqu’à nos vélos garés de l’autre coté de la rue pour nous trouver un cachet au fond d’une sacoche. Le fait de bouger me fait du bien. On avale tous les deux un cachet, et on décide de reprendre notre route. Après une dizaine de minutes je sens que je vais mieux mais Anna elle accuse le coup. On s’arrête donc à l’ombre sous une cabane en bord de route.  Les minutes passent et les effets semblent s’estomper. On ne pense pas avoir fait une intoxication alimentaire mais plutôt une allergie. On a mangé toutes les herbes présentes dans notre soupe sans trop savoir si elles étaient toutes comestibles. On fera attention la prochaines fois 😀

Jour 6 : Thongnami –> Ban Songhong

Distance parcourue : 94 km

Arrivés à Namsang nous avons choisi de-nouveau de prendre une piste donnant sur le Mékong. Et encore une fois nous allions pas être déçus. Après quelques kilomètres on a dû traverser un cours d’eau pour ensuite se retrouver face à une montagne infranchissable à vélo. La motivation est toujours là pour moi mais Anna ne peut s’empêcher de me lancer son fameux regard. Regard voulant dire « tu m’avais dis que ça faisait qu’un petit détour et nous voilà partis pour deux heures de cyclo-cross. Non mais vraiment je ne sais pas pourquoi je t’écoute encore » Oui tout ça dans un regard. Je vous assure elle est très expressive.

A bout de bras on finira par la grimper cette montagne, sous la chaleur écrasante du Laos. une fois arrivés au bord du Mékong par chance la piste est parfaite. Enfin ça c’était les premiers kilomètres. On s’est arrêtés dans un champ pour grignoter et se rafraîchir un peu. En repartant je me suis aperçu que le pneu arrière était crevé. Réparation express et l’on est repartis sur le chemin mais très vite on a déchanté. La piste s’est transformée en champ de cailloux et de trous. Encore une fois nous étions contents de sortir de la route nationale pour pouvoir admirer la campagne laotienne. Mais tout ce paie. Seule monnaie d’échange pour nous : la sueur. On bifurquera à nouveau après km sur la piste nous ramenant sur la N13 pour trouver un endroit ou dormir. On poussera jusqu’à Ban Songhong pour le plus grand malheur de nos mollets. Nous avons rencontré un autre cyclotouriste Yann avec qui nous avons passé la soirée autour d’un bon repas. Non je blague. Une soupe.

Jour 7 : Ban Songhong –> Thakhek

Distance parcourue : 50 km

Dernière ligne droite vers notre seconde grande étape. 50 km à fond les ballons pour arriver sur les coups de midi à Thakhek. Nous y retrouvons les collègues Antoine et Hugo avec qui nous avons partagé la descente en bateau jusqu’à Luang Prabang. Nous faisons étape dans cette ville pour effectuer la fameuse Thakhek Loop. Une balade à dos de scooter sur 4 jours autour de la ville pour voir cascades, grottes, et paysages karstiques. Malheureusement nos fesses n’ont pas plus apprécié la selle du scooter (chinois) que nos selles de vélos.

Jour 8 : Thakhek –> Savannakhet

Distance parcourue : 106 km

On démarre « tard » de Thakhek : 9h15. Le soleil cogne déjà. On décide de suivre la route qui longe le Mékong. Et miracle, nous nous apercevons que la route reste route. Pas de piste à l’horizon. Un vrai régale car nous pouvons rouler facilement et sans circulation. Nous avons croisé de nombreux petits villages. Nous nous sommes arrêtés pour grignoter à Ban Pakdeut. Nous y avons fait la rencontre de Kyi, un laotien ayant vécu aux Etats-Unis, immigré à la suite des conflits au Vietnam. Il nous a offert du sticky rice et des bananes. J’ai insisté pour qu’il prenne en échange les quelques fruits qu’il nous restés. On a poursuivi notre route jusqu’à Ban KengKabao où là nous avons pris la piste qui rejoint la nationale 11. Cette piste a vraiment égayé notre journée. Certes difficile mais le chemin passe par de magnifiques villages. Les passages de ponts en bambou réveillent notre âme d’enfant. On arrivera à la tombée de la nuit à Savannakhet, juste à temps pour le bal des moustiques.

Jour 9 : Thakhek –> Paksé

Distance parcourue : 40 km

Oui mais non. On a seulement roulé 40 km avant de rejoindre la nationale 13. Mais franchement la route n’était pas intéressante. On avait encore en tête la magnifique journée de la veille. Même en se divertissant les kilomètres ne défilaient pas. Charade, Petit bac, jeux inventés sur le moment, rien n’y fait. Je m’aperçois arrivé à l’intersection de la route 9B et la N13 que mon pneu arrière est défectueux. Une hernie me ralentit à chaque tour de roue alors que notre moyenne de cette journée est déjà mauvaise. Pour la première fois Anna me signale qu’elle en a marre. On s’arrête dans une station service pour boire un coup. Nous décidons de continuer jusqu’à Paksé en stop. On récupère un carton et la serveuse nous écrit Paksé en Laotien. Nous voilà sur la route à l’entrée de la ville. Cela ne marche pas les 10 premières minutes à l’entrée de la ville. On décide de se poster à la sortie et là en quelques minutes BINGO. Un pick-up s’arrête. Les vélos sont mis à l’arrière et nous partageons les sièges arrière de la voiture avec une grand mère souriante. Nous discutons durant le trajet avec une la jeune femme à l’avant du véhicule. Un grand sourire aux lèvres, lorsque d’un coté comme de l’autre nous n’arrivons pas à nous faire comprendre ! Un grand merci encore à ces personnes qui font de notre voyage une succession de belles rencontres. Ils nous déposeront à la tombée de la nuit dans le centre ville. Impeccable. Nous trouvons une guesthouse dans la foulée. Moins impeccable cette fois-ci.

Jems

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